préparation d'un tour du monde, suivi du voyage de Perrine et Yann
L’Atlantide des Andes :
Le lac Titicaca que se partagent le Pérou et la Bolivie est avant tout un lieu de légendes. Ce n’est pas le plus grand lac au monde, mais il couvre tout de même 8340 m2 et mesure plus de 175 km de long. Son nom signifie « Puma gris » en Aymara (langue officielle de l’empire Inca) et la mythologie inca voudrait que le lac soit la matrice d’où serait sorti le monde. Une quarantaine d’îles se trouvent sur ce lac, dont l’Isla del sol et l’isla de la luna dont la rencontre aurait été à l’origine de notre bonne vieille Pachamama (voir la légende de l’origine du monde selon les incas dans l’article du machu picchu). Mais ce lac est au cœur de bien d’autres légendes populaires.
Une tradition andine raconte qu'un trésor inca dormirait au fond du lac. Il s'agirait d'une partie du grand trésor des Incas du XVIe siècle qui a alimenté la légende de l’el dorado. Quand Francisco Pizarro captura l'empereur Atahualpa en 1532 à Cajamarca, il lui promit la vie sauve en échange de richesses. Le conquistador espagnol exigea que l'Inca lui verse une rançon colossale : une quantité d'or et d'argent capable de remplir la pièce où l’inca était détenu prisonnier : 35 m2 de surface sur une hauteur de 2 m. L'Inca donna des ordres à ses lieutenants pour que la rançon soit acheminée des quatre coins de l'empire. L'or afflua et la rançon fut presque totalement payée. Sur le lac Titicaca, une navette de barques convoya des kilos d'or et d'argent, entre la rive est et la rive ouest. Mais le 29 août 1533, quand les mariniers apprirent l'exécution d'Atahualpa par Francisco Pizarro, ils comprirent que l'Espagnol n'avait pas tenu parole et qu'il avait trahi l'Inca. De rage, ils auraient jeté le trésor dans les eaux du lac.
Depuis cette époque, la légende s'est transmise par la mémoire orale. Captivé par cette histoire, le commandant Cousteau (1910-1997) effectua des fouilles sous-marines dans le lac au cours des années 1970. Il ne trouva rien. Il est vrai que le célèbre explorateur français s'était limité à fouiller la partie orientale du lac, autour des îles del Sol et de la Luna, proches des côtes de la Bolivie. La plus grande partie du lac Titicaca n'a donc pas été fouillée et elle reste toujours à explorer, notamment le secteur le plus profond (270 m), situé dans les eaux territoriales du Pérou.
Après 2 jours sur Copacabana, nous prenons un bateau pour réaliser la traversée jusqu’à la partie sud de l’île du soleil. L’embarcation est lente, très lente, tellement lente que nous avons le temps de scruter le fond du lac à la recherche du trésor inca. Le commandant Cousteau a bien travaillé, rien en vue. Pas le temps de rêver de l’el dorado inca, après pas loin de 2 heures nous arrivons enfin de l’autre côté, il est temps de débarquer sur l’isla del sol.
Isla del sol :
Lorsque nous arrivons, nous sommes accueillis par le grand escalier Inca qui permet après plus de 500 marches de rejoindre le petit village de Yumani.

Après ce petit voyage en bateau sur le lac titicaca, nous sommes contents de nous dégourdir un peu les jambes. Nous chargeonsm nos sacs à dos contenant tout notre barda sur nos épaules, et nous nous lançons avec élan vers ces marches fleuries. Après quelques-unes, nous nous rendons compte que l’effort qui nous est demandé pour ces escaliers est un peu plus important que ce que l’on pensait. Sur notre chemin se trouve la fontaine de l’inca, une source naturelle située au beau milieu de notre ascension.

Avec la chaleur, l’altitude, le poids du sac, difficile d’apprécier à sa juste valeur cette fontaine de jouvence… C’est à cet endroit que les habitants de la partie sud de l’île viennent s’approvisionner en eau, eh oui, pas d’eau courante ici. Tous les 4 jours, ils descendent du village avec leurs ânes et leurs bidons pour chercher le précieux liquide indispensable à leur vie. La fontaine comprend trois canaux qui selon la tradition orale renvoie à 3 valeurs incas :
Amma sua – ne vole pas (ils feraient mieux d'envoyer des bidons d’eau à Lima !)
Amma llulla – ne ment pas
Amma khella – ne soit pas fainéant
On se demande laquelle de ces sources s’est asséchée ?!? Les colons espagnols avaient une toute autre interprétation : pour eux cette fontaine était source de jeunesse éternelle, chaque fontaine apportant purification, vie et jeunesse éternelle.
Dans le doute, fontaine nous ne boirons pas de ton eau… il semble qu’il y ait plus de chance d’attraper des problèmes intestinaux que de rajeunir de quelques années. Quant à la fainéantise, c’est déjà trop tard pour nous, nous avons pris goût à ces quelques mois de vacances ! Allez plus que quelques marches…
Le village rassemble de nombreuses petites ruelles de pierres où on peut trouver une multitude de petits hôtels. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. Sur cette île, on dirait que presque tout le monde arrondi ses fins de mois en logeant des touristes. Après presque une heure de grimpette, nous rencontrons une jeune fille sur le bord du chemin. Nous lui demandons si elle sait où nous pouvons passer la nuit. Toute contente elle va chercher sa maman, Alicia, un petit bout de femme portant de longues tresses et un joli chapeau marron bolivien. Très agréable et souriante, elle nous amène voir la chambre qu’elle propose. C’est décidé, nous passerons la prochaine nuit ici, chez l’habitant.

Après avoir déposé nos affaires dans la chambre, nous décidons de nous promener dans ce petit village perché au sommet de l’île. Nous rencontrons Inke et Claire qui cherchent un logement pour le soir. Nous leur indiquons l’adresse d’Alicia, puis continuons d’explorer le coin. La vue aux alentours est splendide : nous distinguons en contre-bas les barques en bois des pêcheurs à la truite amarrées au milieu d’herbiers côtiers, encore une fois des terrasses pour l’agriculture, et un peu partout des animaux en semi-liberté : ânes, cochons, lamas et moutons. De l’autre côté, du haut de ses 6421 m, le Mont Illampu domine le paysage de la cordillère Royale.


Le soir, nous rentrons aux derniers rayons de soleil, le royaume du froid reprend ses droits. Nous nous cachons donc bien au chaud, derrière la baie vitrée de la maison, pour observer le coucher de soleil. Alicia nous a proposée de faire le repas pour ce soir. Nous lui disons que nous aimerions l’aider. Elle semble étonnée par l’initiative, mais accepte avec un grand sourire. Voilà qu’elle troque son beau chapeau et son étoffe qui lui sert de sac à dos contre le tablier.


Au menu, soupe de Quinoa, puis pâtes bolognaise pour Perrine et tortilla pour moi. Peu de temps après, Inke et Claire nous rejoignent. Un peu de renfort en cuisine n’est pas de trop. Alicia n’en revient pas, non seulement c’est très rare que des touristes lui proposent de l’aide et s’intéressent à la vie sur l’isla del sol, mais en plus elle est très surprise que Yann cuisine avec nous. Elle nous dit que son mari l’aide un peu à la maison, quand il rentre de sa journée de bateau, mais à la cuisine, lui préfère manger ! Elle n’arrête pas de rire. En attendant, nous avons vu Alicia s’occuper de la maison, du jardin, ramasser du bois, aller chercher les ânes et les nourrir. Elle a fait son quota de kilomètres dans la journée, c’est sûr. Elle fait même la cosette aux touristes… vraiment une dame en or ! Elle nous confie qu’elle préfère la vie à La Paz où elle a grandi car il y a plus de confort, pas besoins d’aller chercher de l’eau à la source tous les quatre jours… Le repas est prêt, elle nous invite à nous assoir. Nous partageons notre table avec Inke et Claire dans une ambiance chaleureuse et détendue accompagnée d’anecdotes de voyage.
Le lendemain Claire fini la route vers le sud, tandis nous décidons de traverser l’île pour rejoindre la partie nord avec Inke. C’est une balade de 8 km sur une route Inca dans un décor splendide.


Arrivés à Challapampa (le village au nord de l’île) nous trouvons rapidement une petite auberge où passer la nuit. Pendant ce temps-là Inke réserve son billet de retour pour le début d’après-midi.

Après un pique-nique en bord de plage nous la laissons prendre le bateau et partons à la recherche des vestiges Incas alentours.

Sur Isla del Sol il y a 3 points de passage payant (pour les touristes évidemment). Pour atteindre la partie la plus au nord de l’île, nous devrons donc nous acquitter d’une dizaine de bolivianos (1€50). Ceci étant fait nous avons accès à quelques jolies vieilles pierres. Nous tombons en premier sur la table à sacrifice. Elle aurait été le lieu de sacrifices humains et animaux par les Incas.
Quelques minutes de marche plus loin nous rencontrons les ruines de Chincana qui semblent former un immense labyrinthe. Elles sont caractérisés par tout un ensemble de portes et niches trapézoïdales incas. Cet endroit aurait été un grenier pour le maïs sacré.
Le soir, de retour de notre expédition nous goutons une spécialité locale, la truite du lac Titicaca. Servie le plus souvent avec des patates, du riz et quelques légumes, sa chair est vraiment excellente. Le lendemain, c’est déjà l’heure du retour à Copacabana. Nous y passerons une nuit de plus pour avoir le temps de laver notre linge et prendre des informations sur les grèves qui paralysent une bonne partie de la Bolivie.
Mouvement social en Bolivie:
Dans certains endroits, des débordements violant ont eu lieu. En fait la ville minière de Potosi considère qu’elle n’a pas bénéficiée de l’évolution économique qu’elle aurait due et que l’argent qu’elle a généré ne lui est pas revenue. Les revendications sont entre autres, la construction d’un aéroport international, d’un hôpital, l’amélioration des routes et la construction d’une usine de ciment. Le président socialiste actuel Evo Morales ne semble pas de cet avis, et accuse la gauche de monter le peuple contre lui. Bref il semble que ce soit une impasse et les négociations durent déjà depuis plus de 3 semaines. Le problème c’est que le mouvement qui a commencé dans la ville de Potosi c’est étendu jusqu’à la capitale et touche maintenant toute une région qui comprend les voies d’accès à Uyuni (là où nous souhaitons nous rendre). Cette ville du sud de la Bolivie a la particularité d’être le point de départ d’une sorte de safari 4x4 dans le plus grand désert de sel du monde et dans les montagnes colorées situées à la limite nord du Chili. Encore une fois c’est un rendez-vous que nous ne voulons pas rater. Nous cherchons donc des infos sur l’état actuel des revendications. Il semblerait qu’il y ait un mot d’ordre pour ne pas effrayer les touristes : compagnies de bus, compagnies de voyage, police : pour eux pas de problème. On a quand même l’impression qu’il y a une rétention d’information, on va donc chercher les vraies nouvelles où elles se cachent. Pour ça quoi de mieux que d’aller voir le coiffeur !!! En plus nous en avons bien besoin tous les deux. C’est magique, il a toutes les dernières informations. Mieux que la télé ! Les routes pour Uyuni sont effectivement bloquées, mais il semblerait qu’après quelques incidents et blocage de bus touristiques, les principales compagnies ont mis en place un détour qui passe par le désert lui-même mais permet d’atteindre sans encombres Uyuni. C’est long et ça secoue, mais ça passe. Nous cherchons à obtenir des confirmations en demandant à tous les touristes que nous croisons d’ où ils viennent. Ce sera chose faites au moment du diner. Nous discutons avec une famille de français qui en reviennent juste. Ils confirment, ça secoue, mais ça passe !!! A nous l’aventure !!!