préparation d'un tour du monde, suivi du voyage de Perrine et Yann
Après 14h de train (dont 10h prévues initialement !), nous nous retrouvons enfin à Varanasi. Les 2 américains (David et Kristina) rencontrés dans la ville précédente feront également équipe avec nous dans cette ville. Le temps d’esquiver les rickshaws, de trouver un point d’information, et de nous diriger vers la partie touristique de la ville, il fait déjà nuit. Varanasi est-elle la ville des miracles ? Un habitant voyant que nous cherchons notre chemin nous guide, et nous offre même un samoussa à chacun, tout ça gratuitement (en glissant bien sûr le nom de son entreprise de fabrication de la soie)… on croit rêver! Nous trouvons une guesthouse dans le chowk : c’est l’ancien quartier de la ville en bordure de Gange, il constitue un véritable labyrinthe de ruelles étroites où il est parfois difficile de se croiser avec une vache ! Dès les premières minutes nous voilà bien imprégné de l’atmosphère de cette ville : nous entendons des incantations au loin, puis petit à petit le son des voix se rapproche… Nous voilà au beau milieu d’un convoi funèbre ! Juste le temps de se plaquer contre le mur et voilà que le corps du défunt passe sous nos yeux, conduit en cortège au ghât de crémation. Les ghâts sont des volets de marches qui bordent les rives du Gange sur plusieurs kilomètres, ils sont un véritable lieu de vie… et de mort ! En fait les gens en fin de vie viennent à Varanasi en espérant y mourir et il y a plusieurs hospices dans lesquels ils sont accueillies et attendent leur dernier jour.

D’ailleurs notre premier soir dans cette ville nous décidons d’observer ces rites sacrés. La discrétion est de rigueur… Les corps arrivent soit par des petites barques, soit par des porteurs qui chantent pour les morts dans les rues. Ensuite, les corps recouverts d’un linceul aux fils dorés et de fleurs colorées sont immergés dans l’eau du Gange avec leur civière de bambou (rituel de purification) avant d’être posés sur de gros bûchers puis enflammés pendant 3 à 4 heures. La crémation et donc le feu permettrait de rendre les éléments qui constituent le corps humains : les cendres sont alors confiées aux eaux sacrées du Gange après que l’âme du défunt ait rejoint le ciel grâce à la crémation. Selon les Hindous, le feu à Varanasi ne s’est jamais éteint depuis plus de 4000 ans. Environ 400 corps sont incinérés de cette façon chaque jour, si bien que même eux doivent faire la queue… Une ambiance mystique règne sur ce quai enfumé et illuminé par les bûchers et les corps incandescents. Un des Couchsurfers que nous rencontrons nous explique que tout le monde ne se fait pas incinérer comme cela. Les corps déjà purs sont directement remis au Gange accrochés à une grosse pierre. C’est le cas des enfants de moins de 10 ans, des femmes enceintes, des brahmanes et des gens morts des suites d’une morsure de serpent. Les lépreux sont également remis au Gange mais pour une autre raison : ils pensent que les bruler pourrait provoquer une épidémie… étrange. Les cortèges ne comportent que des hommes, les femmes de la famille ont interdiction d’accéder à ces cérémonies car… il est interdit de pleurer !!! Une autre raison est le fait que jadis la femme n’existait qu’au travers de son mari, au décès de ce dernier, elle devait subir le même sort et donc être brulée vive. A cette époque-là, il valait surement mieux être une vache qu’une femme en Inde! Heureusement les meurs ont évoluées. A l’occasion de ces cérémonies, l’homme le plus respecté de la famille est choisi, Il aura pour rôle d’une part d’allumer le feu et d’autre part de libérer l’âme du défunt en brisant le crâne d’un coup de hache après 2 heures d’incinération. Il porte une longue toge blanche, a le crâne rasé à blanc à l’exception d’une petite mèche à l’arrière de la tête. C’est aussi lui qui est chargé de négocier le prix et la qualité du bois. 3ookg sont nécessaires. Il s’agit entre autre de manguier ou d’ébène pour les plus riches. Du coup tout un marcher c’est installé autour du bois et on trouve dans ces quartiers plusieurs énormes piles de bois de plus de 4 mètres de haut. Un marchand essaiera d’ailleurs sans aucun tact de nous en vendre plusieurs kilos. Il nous faudra nous armer de patience pour lui faire comprendre que nous n’avons personne à bruler actuellement sous la main (devant son insistance plus que lourde et irrespectueuse Yann commence à penser que son interlocuteur pourrait faire l’affaire!). Pour éviter tous fâcheux incidents nous quittons cette zone.


Attirés par les centaines de lampes à huile dérivant au fil de l’eau, nous voilà partis pour une balade nocturne à contre-courant le long du Gange. Sur l’un des ghât, nous avons pu assister à la cérémonie de l’offrande de la lumière au Gange : de jeunes brahmanes vêtus de tuniques chatoyantes officient tournés vers le fleuve. On assiste alors à une chorégraphie au son des chants sacrés : les religieux effectuent des gestes rituels avec de lourds chandeliers portés à bout de bras au beau milieu de l’encens se consumant.

Le lendemain matin, nous avons pu assister au lever de soleil sur le Gange à bord d’une petite embarcation, et ainsi profiter du spectacle de ces centaines de pèlerins venus faire leurs ablutions, mettre une lampe à huile à l’eau pour faire exaucer leurs souhaits, ou tout simplement faire quelques exercices de yoga au bord du fleuve. Les vaches et buffles en font de même…sauf pour les lampes ce n’est pas pratique de tenir un briquet avec des sabots ! Chacun vaque à ses occupations : nous croisons des commerçants vendant des fleurs fraîches et des offrandes pour la prière matinale, sous des parasols certains se font bénir par des gurus, d’autres se font raser la barbe et le crâne…


Notre chemin croisera celui des sadhus : ces grands sages considérés comme des saints en vertu de leur savoir spirituel, de leurs compétences en tant que maîtres spirituels ou de leur conduite exemplaire. Ils sont vénérés presque à l’égal des dieux, et attirent nos regards d’occidentaux par leur allure excentrique. Certains sont pratiquement nus et le corps recouvert de cendres, ils portent des amulettes autour du cou et une tignasse digne des rastas ! Les coiffeurs et barbiers ne font pas fortune avec eux : les sadhus enduisent leurs cheveux de sève d’arbre comme le banian ce qui active leur croissance et leur donne l’aspect de dreadloks. Symbole de puissance, cette tignasse se porte lachée ou sous forme de chignon. On les voit sous des positions incensées, parfois très acrobatiques, car c’est après de dures pénitences que les sadhus espèrent atteindre la délivrance du cycle infernal des renaissances.
